Category Archives: Photos, peinture & cinoche

Sarkozy, Kadhafi : poignée de main et main à poigne.

*

Ah les Dictateurs ! Qu’il est bon de se réjouir lorsque, tuméfiés, immobiles, définitivement immobiles, ils nous apparaissent. Qui oserait s’arrêter et déplorer les photos de ces visages défigurés, sanguinolents, déchiquetés ?

Ah les photos de Dictateurs terroristes ! Cela avait commencé en Roumanie où on se chargea d’éliminer Ceaucescu en lui mettant tout sur le dos et en le fusillant sans détours, cela avait continué avec Saddam Hussein, pauvre bougre et méchant souteneur. On eut droit ensuite à Ben Laden touché, coulé, noyé. Voilà maintenant le furieux Kadhafi.Un jour, il faudra se pencher sur ces visages photographiés, sur leur circulation dans le Monde, sur leur diffusion ultra-rapide et plus généralement sur le rôle de la Photographie dans les Concerts politiques du Monde.

Points communs sur toutes ces morts violentes : ils échappèrent tous à un procès en bonne et due forme.

Bah ! Quelle importance de vouloir juger ces odieux personnages ? A quoi bon convoquer juges, témoins, familles torturées, lire plaintes et faire étalage de possibles complicités ? Allez ! Hop ! Dégage Kadhafi ! Ta fin restera aussi noire que ton pétrole… euh… que notre pétrole.

Lumières et Obscurité du Monde.

Quatre morceaux extraits du livre du cinéaste Jean-Louis Comolli («Voir et pouvoir» chez Verdier). Le livre a déjà 11 ans mais il dit présentement les choses.

1. Toutes les lumières du spectacle ne mettront pas fin à l’obscurité du monde, et je dis cela comme un espoir pour ce qui vient, qu’un peu de cette précieuse obscurité résiste dans la part du cinéma réfractaire au spectacle, que l’on cède aux grâces de l’ombre, aux beautés de l’inconnu, aux coups du sort. (…) Que reste t-il de nos jours s’il s’agit de tout éclairer, si le mot d’ordre (de tous les ordres) est d’y voir toujours plus jusqu’à la nausée ?

2. Nous en sommes arrivés à ce point de perfection, à ce brillant, que la loi de l’Information rejoint celle de la Marchandise : que toute chose devienne visible, que tout le visible devienne chose. «Transparence» était le nom d’un trucage cinématographique : c’est devenu celui d’une idéologie qui prétend percer tous les trucages. Cette sorte d’éclairage général qui commande à tout se propage à partir de la télévision (l’ombre, elle, rôde encore au cinéma). Comment en effet oublier que c’est au cinéma, dans les films par exemple de Feuillade, Hitchcock ou Jacques Tourneur autant que chez Edgar Poe, Lacan ou Debord que nous avons appris combien montrer c’était cacher ?

 

 3. Nous sommes dans l’idéologie de la transparence – ce mot depuis dix ans s’est montré le maître mot des pouvoirs politiques, le slogan publicitaire majeur, le régleur des consciences ; il était déjà la forme ultime et triomphante de la communication ; il nous assurait de ce que, entre «émetteur» et «récepteur» (comme entre spectacle et spectateur), il n’y avait point d’altération du message, aucune résistance, aucune perte, rien qui «travaille», au sens où l’on dit d’un souci ou d’un problème qu’il nous travaille. La Com’ comme bonheur impeccable. Réussite enchantée. La Communication, c’est la Grâce.

4. Trop lourdes, l’histoire intime et l’expérience vécue. Trop lourds, trop encombrants les corps réels. Trop résistants les Signifiants. Trop contraignantes les écritures. Il faut qu’il y ait à la fois du «plein» (l’illusion, le spectacle) pour conjurer la peur du vide de toutes ces vies vécues dans l’aliénation et la Soumission. Et il faut qu’il n’y ait pas trop de Sujet en jeu, car le Sujet, c’est la crise et la révolte. Entre ces deux écueils tente de passer l’économie libérale dominante.

« La Course de Ma Vie ».

Il y a trois ans, BiBi et son collègue A. furent à l’origine d’un premier court-métrage réalisé avec les enfants et adolescents du Centre où ils travaillaient. Petite caméra en poche, logiciel Final Cut et générique conçu par un professionnel, ils se lancèrent dans cette expérience éducative aux contours incertains. Ils ne savaient où ils posaient les pieds mais avaient quelques idées sur l’endroit où ils pouvaient déposer leurs regards. Des images s’ensuivirent : ce fut «La Course de ma Vie». Au sortir de la Maternité, l’enfant va grandir. Il ne cessera de courir, toute sa vie durant. Aujourd’hui, poursuivant leur expérience éducative A. & BiBi ont grandi eux aussi : ils achèvent un second court-métrage, mieux rôdé, qu’ils présenteront à des festivals. Celui de Frangy (Haute Savoie) par exemple, le 5 novembre. En attendant, ils vous offrent leur premier petit travail.

*

Le Roman-Photo de l’Elysée.

*

Un Hommage et des Images.

Bernard Cerf est directeur du Festival des cinémas différents et expérimentaux de Paris. Il  est par ailleurs réalisateur et producteur (Les productions aléatoires). Il est toujours vivant mais BiBi ne le connaît pas du tout.

Katerina Golubeva était actrice. Elle avait tourné avec Léo Carax, Bruno Dumont, Claire Denis. Elle est décédée le 14 août à Paris. BiBi ne la connaissait pas non plus, ne l’avait jamais vue.

Mais c’est la lettre de Bernard Cerf au Monde, lettre parlant de Katerina Golubeva qui a touché BiBi.

«Elle [KG] habitait près de chez moi. La première fois que je la croisai, je me demandai si c’était elle. Une amie me confirma qu’elle habitait là. Puis je la revis au Parc des Buttes-Chaumont avec sa fille. Elle avait ce visage blanc d’une beauté à la fois pure et mélancolique qui s’éclaire et mélange douceur et folie potentielle.

Je la recroisai. Lui parler n’aurait rien changé, mais j’étais amoureux d’elle et je ne lui ai rien dit. On devrait toujours dire aux gens que l’on est tombé amoureux d’eux, que l’on n’a pas osé leur dire, mais que l’on est content de savoir qu’ils existent même si l’on sait que l’on n’a rien à voir avec leur vie, leur travail, leur amour. Parce qu’ils meurent. Et que l’on a rien dit».

Voilà qui ferait une belle intro de long métrage. Une inconnue tenant la main d’un enfant aux Buttes-Chaumont. Un homme qui la regarde de loin. Un jour puis un autre. Avant d’apprendre un jour sa disparition.

Entre-choc des images et des lectures : c’est vers Jean Eustache, cinéaste lui aussi disparu, que BiBi se tourna instantanément. Jean Eustache dont Alain Philippon avait écrit le drame en posant cette question essentielle : «Comment rester un cinéaste de son temps, comment rester cinéaste quand ce temps commence à vous dégoûter ?» Jean Eustache qui mit magnifiquement en images l’actrice Françoise Lebrun dans La Maman et la Putain. Une Françoise Lebrun que BiBi rêve toujours de croiser aux Buttes-Chaumont ou au bord du Léman pour lui dire ce qu’il n’a jamais osé dire.