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17 octobre 1961: Meurtres pour mémoire.

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Par ses gouvernants, la France se fait arrogante donneuse de leçons d’Histoire. Sarkozy, le dernier en date : il vitupère les Turcs sur le génocide arménien mais nul doute qu’il a oublié les meurtres perpétrés le 17 octobre 1961, jour où la Police française – sous les ordres d’un certain préfet de la Seine du nom de Maurice Papon – jeta dans la Seine des opposants algériens qui venaient protester contre l’injuste couvre-feu qui, seul, les concernait.

Nous étions dans la guerre d’Algérie, à cinq mois des Accords d’Evian. Le massacre du 17 octobre 1961 s’inscrivait dans un long et féroce cycle de répression policière. Selon les archives judiciaires, on compta 246 décès d’algériens de mort violente en 1961 dont 105 en octobre. Encore aujourd’hui, il y a des falsificateurs qui présentent ces évènements comme des règlements de compte entre Algériens.

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BiBi eut connaissance de ces évènements lorsqu’il tomba dans les années 90 sur le livre de Didier Daeninckx («Meurtres pour Mémoire») paru en Série Noire. Les deux premiers chapitres du numéro 1945 de l’édition noire racontent le massacre en plein cœur de la Capitale. A partir de ce fait occulté par presse et médias, Daeninckx construisit une intrigue qui nous amène à Toulouse vingt ans après. L’inspecteur Cadin va mener l’enquête. Pour BiBi, ce polar restera un de ses meilleurs souvenirs de lecture de la Série Noire.

Lumières et Obscurité du Monde.

Quatre morceaux extraits du livre du cinéaste Jean-Louis Comolli («Voir et pouvoir» chez Verdier). Le livre a déjà 11 ans mais il dit présentement les choses.

1. Toutes les lumières du spectacle ne mettront pas fin à l’obscurité du monde, et je dis cela comme un espoir pour ce qui vient, qu’un peu de cette précieuse obscurité résiste dans la part du cinéma réfractaire au spectacle, que l’on cède aux grâces de l’ombre, aux beautés de l’inconnu, aux coups du sort. (…) Que reste t-il de nos jours s’il s’agit de tout éclairer, si le mot d’ordre (de tous les ordres) est d’y voir toujours plus jusqu’à la nausée ?

2. Nous en sommes arrivés à ce point de perfection, à ce brillant, que la loi de l’Information rejoint celle de la Marchandise : que toute chose devienne visible, que tout le visible devienne chose. «Transparence» était le nom d’un trucage cinématographique : c’est devenu celui d’une idéologie qui prétend percer tous les trucages. Cette sorte d’éclairage général qui commande à tout se propage à partir de la télévision (l’ombre, elle, rôde encore au cinéma). Comment en effet oublier que c’est au cinéma, dans les films par exemple de Feuillade, Hitchcock ou Jacques Tourneur autant que chez Edgar Poe, Lacan ou Debord que nous avons appris combien montrer c’était cacher ?

 

 3. Nous sommes dans l’idéologie de la transparence – ce mot depuis dix ans s’est montré le maître mot des pouvoirs politiques, le slogan publicitaire majeur, le régleur des consciences ; il était déjà la forme ultime et triomphante de la communication ; il nous assurait de ce que, entre «émetteur» et «récepteur» (comme entre spectacle et spectateur), il n’y avait point d’altération du message, aucune résistance, aucune perte, rien qui «travaille», au sens où l’on dit d’un souci ou d’un problème qu’il nous travaille. La Com’ comme bonheur impeccable. Réussite enchantée. La Communication, c’est la Grâce.

4. Trop lourdes, l’histoire intime et l’expérience vécue. Trop lourds, trop encombrants les corps réels. Trop résistants les Signifiants. Trop contraignantes les écritures. Il faut qu’il y ait à la fois du «plein» (l’illusion, le spectacle) pour conjurer la peur du vide de toutes ces vies vécues dans l’aliénation et la Soumission. Et il faut qu’il n’y ait pas trop de Sujet en jeu, car le Sujet, c’est la crise et la révolte. Entre ces deux écueils tente de passer l’économie libérale dominante.

« La Course de Ma Vie ».

Il y a trois ans, BiBi et son collègue A. furent à l’origine d’un premier court-métrage réalisé avec les enfants et adolescents du Centre où ils travaillaient. Petite caméra en poche, logiciel Final Cut et générique conçu par un professionnel, ils se lancèrent dans cette expérience éducative aux contours incertains. Ils ne savaient où ils posaient les pieds mais avaient quelques idées sur l’endroit où ils pouvaient déposer leurs regards. Des images s’ensuivirent : ce fut «La Course de ma Vie». Au sortir de la Maternité, l’enfant va grandir. Il ne cessera de courir, toute sa vie durant. Aujourd’hui, poursuivant leur expérience éducative A. & BiBi ont grandi eux aussi : ils achèvent un second court-métrage, mieux rôdé, qu’ils présenteront à des festivals. Celui de Frangy (Haute Savoie) par exemple, le 5 novembre. En attendant, ils vous offrent leur premier petit travail.

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Les petites phrases de Sarkozy et de sa basse-cour (un clip-BiBi)

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BiBi a fait la collection des petites phrases de notre Président et de ses Courtisans. Toutes les paroles élyséennes, celles de Nicolas Sarkozy comme celles des autres, sont certifiées conformes sur les quatre ans de règne. Une Pensée-BiBi en un clip guerrier pour la Campagne 2012. BiBi fait, en somme, sa Révolution d’Octobre.

Trois ponctuations dominicales.

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L’Amitié malgré tout.

Deux hommes, deux amis. L’un se plaint à l’autre :
– J’ai de gros soucis. J’ai perdu mon boulot.
– Bah ! ça aurait pu être pire !
– Mon médecin a découvert aussi que j’avais un cancer…
– Oh mais ça aurait pu être pire !
– Ma femme m’a quittée et mes enfants ne veulent plus me voir…
– D’accord, d’accord mais ça aurait pu être…
– Écoute, ça suffit ! Pourquoi répètes-tu tout le temps que «ça aurait pu être pire…». Qu’est-ce qui pourrait être pire ?
– Ben, ce qui aurait pu être pire, c’est que tout ça arrive… à moi !

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Un Prisonnier en toute liberté.

« A la fin de sa vie, Rothko [peintre américain] a décoré une chapelle non confessionnelle. Je suis allé la voir. Je suis resté longtemps à l’intérieur car je voulais voir la façon dont le soir y venait. C’est éclairé par le sommet ; pendant la journée le soleil peut donner à plein, apporter une grande touche de lumière, puis le soir tout s’assombrit ; je voulais savoir ce qui pouvait en quelque sorte suinter de ces peintures. Je suis donc resté dans ce lieu environ deux heures.

Il y avait là un gardien, un noir américain, et ce devait être une des premières fois que quelqu’un restait si longtemps ainsi à l’intérieur de cet endroit. Tout à fait à la tombée de la nuit, juste avant la fermeture, il est venu me trouver et m’a dit : «Eh bien, Monsieur, est-ce que cette peinture vous intéresse ? – Oui, bien sûr. – Et qu’est-ce que vous dit cette peinture ?» J’ai essayé en quelques mots de lui expliquer ce que je vous dis là; il m’a répondu : «Je suis un ancien policier ; j’ai tué un homme et je n’ai jamais pu surmonter cette épreuve. A partir du moment où j’ai tué cet homme, je suis devenu un mauvais policier, alors on a essayé de m’utiliser d’une façon ou d’une autre. Ainsi je suis devenu gardien de cette espèce de chapelle. Depuis que je suis là, j’ai trouvé la paix et c’est le seul endroit où je peux passer la journée».
J’ai trouvé cela extraordinaire, et je me dis que le pauvre Rothko qui s’est suicidé peu après – ce qui montre bien la profondeur des problèmes qu’il essayait de résoudre – a pourtant gagné complètement. C’est une réponse prodigieuse à tout ce qu’il a fait, à tout ce qu’il a tenté de faire ». (Michel Butor. Entretien. Cahors 12 mars 1984).

Dans une autre vie, BiBi écrira du théâtre, des scenarii. Il n’aura pas besoin de chercher ailleurs le début de la pièce (du film).

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Aphorisme dominical.

BiBi ne sait plus où il a cueilli cet aphorisme mais il l’a adopté :
«Lorsque tu sens le danger, plaisante»