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Le Poète et la Mythomane du Creusot.

          Le Poète et la Mythomane du Creusot

BiBi est triste.
Au moment où il achevait la lecture des « Lettres d’or » peu emballantes de Christian Bobin voilà qu’il apprend qu’Alexandra Paressant a été placée en détention provisoire et écrouée à la prison des femmes de Dijon et qu’une expertise psychiatrique a été ordonnée à son encontre. Deux stars, deux personnalités élevées au creuset du Creusot. Le Creusot est cette ville de Saône-et-Loire saignée à blanc par le dépôt de bilan de Creusot-Loire en 1984 mais magnifiée aujourd’hui par Arcelor Mittal et Areva et longtemps parrainée par la Famille Schneider.
C’est dans cette ville de Bourgogne de 30.000 habitants qu’un de nos poètes nationaux, Christian Bobin, est né. Dès son enfance, il y préféra la compagnie des livres à celle des hommes. Un vrai poète, quoi ! BiBi est toujours un peu sur ses gardes devant ceux qui font le choix des livres avant celui des hommes. Il est plutôt sur le versant que ce ne sont pas les livres qui sont importants mais plutôt la vie et la Présence vitale qui y circulent. Et donc pas du tout en accord avec cette réflexion du Poète du Creusot : « Je suis fou de pureté. Je suis fou de cette pureté qui n’a rien à voir avec une morale, qui est la vie dans son atome élémentaire, le fait simple et pauvre d’être pour chacun au bord des eaux de sa mort noire et d’y attendre seul, infiniment seul, éternellement seul ». BiBi, lui, n’est jamais seul dans sa solitude, peuplée qu’elle est de Fantômes, d’amis décédés, de femmes vivantes, d’enfants écorchés vifs. Pour lui, le fait d’être aux bords de sa mort noire n’est jamais « simple et pauvre » et si « la beauté parfois le mord, le loup qui lui saute à la gorge » n’est pas forcément… « merveilleux » comme l’écrit le poète.
Le Creusot est une double ville pour notre poète : en premier, « Le Creusot  » et en second «  la ville qui est au dessus, dans les nuages ». La singularité de cette ville est d’avoir été riche, puis appauvrie, brutalement. « Mais dans cette dureté et ce dénuement », nous dit-on, «Christian Bobin montre peu à peu comment il a trouvé la plus grande douceur ». Pas vraiment l’avis d’Alexandra, fuyant l’ennui et la morosité de la Ville, préférant la compagnie des hommes à celle des livres, tentant de vivre sa vie cahin-caha, slalomant entre la folie du Raisonnable et la folie des Grandeurs.
Alexandra Paressant est cette jeune femme qui fit croire aux grands médias, aux plus infectes tabloïds anglais, français et américains qu’elle eut une liaison avec chacune des Grandes Stars du foot et du basket (Tony Parker qui lui réclame quelques… 40 millions de dollars de dommages et intérêts pour diffamation, Thierry Henry, Ronaldo et Ronaldinho etc). Alexandra s’en est allée visiter le Monde, courant, plastronnant, érigeant seule ou dédoublée son propre mythe génial et, somme toute banal et infantile, fuyant son destin prédestiné de RMIste, d’ouvrière précaire, de chômeuse en mal de vivre. Son Narcissisme dévorant finira par l’avaler. Toute à sa Gloire d’elle-même, elle a tenté de construire sa maison du Bonheur sur le Songe et le Mensonge, grugeant les Télévisions et les Journaux qui, aujourd’hui, s’en donnent à cœur joie dans la Vengeance, la Moquerie et leur Méchanceté coutumière.
BiBi a une pensée amicale pour Alexandra en achevant la lecture de Christian Bobin, ce Poète qui aurait gagné à connaître cette jeune femme pour pimenter sa Poésie trop suave, trop lumineuse, trop, trop. Bobin, poète light à qui il manquera toujours la rage, les orages et les mirages d’Alexandra.

Kafka au bordel.

Kafka sans sa geisha

Avec Kafka, l’Histoire est sans fin. On a voulu faire de l’écrivain un Visionnaire anti-totalitaire, un Désespéré, un Anarchiste, un Militant sioniste etc etc. Aujourd’hui, voilà qu’il y aurait une ènième affaire « K », un débat né en Angleterre qui soulèverait une fois encore les passions. Cette fois-ci, il s’agirait de savoir si Franz était oui ou non un… pornographe.
Cette grande Question vient à point pour fêter le 125ième anniversaire de sa naissance. On aurait donc découvert que l’écrivain pragois n’était pas si prude que ça, qu’il n’était pas du tout l’ascète que ses fervents admirateurs auraient décrit tout au long de leur Corpus critique. Un certain Monsieur James Hawes aurait lancé – preuves à l’appui – que notre écrivain idolâtré aurait commis de graves péchés (littéraires) en écrivant de la « prose » pornographique, voire aurait été sa vie durant un abonné aux bordels de Prague et d’ailleurs. Pour la démonstration, il n’y aurait qu’à lire le livre (et d’abord, évidemment : l’acheter) « Excavating Kafka » aux Editions Quercus.

Messieurs et Dames de ce Monde.

Jack Lang et Georges Haldas

MONSIEUR GEORGES HALDAS : « Contrairement à ce que chacun peut penser, c’est une grâce que de ne pas avoir un pouvoir de Séduction. C’est autant de petites lâchetés et de grands crimes qu’on ne commet pas ». Et puis sur une certaine France : «  Il y a en France un snobisme de la folie, de « l’aventure intellectuelle » etc. qui s’accomode très bien de la tendance à établir des catégories. A tout étiqueter. L’expression parfaite en ce sens étant celles des « poètes maudits ». On est tranquille. On a classé la malédiction. On peut briguer l’Académie».

Et toujours cet œil perçant mais juste : «  Ces embrassades et accolades entre « artistes ». Une sorte de rite. Qui n’a rien à voir avec une fraternité véritable. N’en est même que la caricature. Gens de théâtre, de télévision, de radios. Leurs baisers de Judas. A de rares exceptions près. » Monsieur Georges Haldas, toujours jeune et fringant à 91 ans. 

MONSIEUR JACK LANG : il s’est demandé comment achever sa vie politique. Comme Lénine en son temps, il s’est posé l’épineuse question : «Que faire ? »
Jusqu’alors, Monsieur Jack Lang s’évertuait à ne pas montrer en télévision son profil gauche (il le déteste), il aimait à être cité comme un Politique d’envergure (Monsieur Jack Lang a inventé la formidable Fête de la Musique). Mais cela finissait par être très pesant et très/trop répétitif.
A l’âge qu’il a – Ô vieillesse ennemie – et devant la perspective réelle d’un second Quinquennat promis au Petit Nikos, Monsieur Jack Lang s’est longuement interrogé et a décidé de mettre le scotch Double-Face. Est-ce si étonnant ? Bien sur que non : Monsieur Jack Lang ne s’est jamais soucié que d’une seule chose… de son existence médiatique, la seule qui compte à ses yeux de play-boy. Et pas de meilleure posture de bravitude que celle, très recherchée et très jouissive de Victime et de personne calomniée ! Quant à nos Penseurs de Droite qui pensent que la Chasse à l’Homme-Lang du PS est ignoble… doucement, doucement. Il y a pire, non ? Par exemple, les parties de chasse du Comte Hortefeux.
Le Figaro nous offre un sondage CSA sur l’Opinion publique qui plébisciterait Monsieur Jack Lang à 53 %. Certes mais BiBi y voit un peu trouble lorsqu’il s’approche de plus près : le sondage commandé par le Figaro a été fait par l’Institut CSA… vous savez celui qui depuis la mi-juillet appartient à Monsieur Vincent Bolloré, l’ami qui prête son yacht au Petit Nikos.
Qui s’étonnera que la précision sibylline de BiBi postée dans les commentaires sur l’article (« Jack Lang bénéficie du soutien de l’opinion ») du Figaro n’ait pas été retenue ?

Christophe Tarkos, poète.

C Tarkos 3 fois

« Cela ne peut plus durer. Ça ne peut plus durer comme ça. Ce n’est pas possible. C’est n’importe quoi. Il faut faire quelque chose. Ça ne veut plus rien dire, on ne sait plus ce qu’on fait, il y a tout et rien, ça part dans tous les sens. Ce n’est plus de la poésie. » (Christophe TARKOS ).

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Lorsqu’en 1998, j’ai découvert Christophe Tarkos et ses écrits, le poète n’était pas mort. Il décèdera quelques six ans plus tard, en décembre 2004, entouré de ses quelques amis qui l’accompagneront au Cimetière Montparnasse, entrée 3, Boulevard Quinet.
Cette découverte de Tarkos, je la dois au numéro 1 de la Revue « La Polygraphe », éditée par les Editions Compact. Il y était noté que Christophe Tarkos était « un fabricant de textes et de performances », qu’il était né à Marseille et qu’il vivait en France. La suite disait qu’il fabriquait des textes et des poèmes, des poèmes présentés sous forme de textes imprimés ou de lectures ou de performances avec pour titres par exemple : la vache et le trou, le bidon, le pneu. Les ouvrages, eux, avaient pour titre : le train, l’oiseau vole, farine, Oui (chez « Ulysse en fin de siècle »), processe ». Il était à la recherche d’un éditeur qu’il trouvera avec POL (« Pan » et « Anachronisme ») et une plus petite maison d’édition (Al Dante).
Parmi les 12 textes présentés sous le titre de « Cases du damier », deux d’entre eux m’avaient frappés mais, vous savez comment vont et viennent les pensées : elles entrent en vous, y restent cachées avant qu’à la faveur fortuite de l’arrivée d’un temps printanier ou d’un soleil d’été, elles resurgissent brutalement à la lumière. A redécouvrir ces deux textes, j’ai su alors qu’ils étaient entrés en moi, y étaient restés pour, un jour, y affleurer et me bouleverser. C’est ainsi que renaît un peu BiBi à la vie .
A la lecture de Christophe Tarkos, on se dit tout  de suite qu’il n’y a rien avant lui qui puisse lui être comparé. BiBi avait eu cette même impression de jamais-vu avec les images singulières des films de Jean Eustache et d’Abbas Kiarostami. On oscille entre l’ahurissement, la jouissance de voir ainsi les choses nommées et la surprise d’avoir instantanément des palpitations. C’est presque rien ce déferlement, cette langue ralentie, ce flux en quatrième vitesse mais ça caracole aussitôt à l’intérieur de nous, ça dévale, ça cavalcade. Ce presque-rien nous affole, nous suffoque, nous fait tourner au vertige. D’ailleurs, j’ai accolé cette photographie de Tarkos en pleine performance sonore. Elle traduit cette force et cette intensité que les amis de BiBi reconnaitront en plongeant dans ces deux extraits.

(Bernard) Noël au balcon.

Portes

BiBi est tombé sur un livre « La Castration mentale » de Bernard Noël chez POL.

« L’écriture, écrit ce dernier, s’oppose à l’agressivité malade, à la prise du Pouvoir, à la totalité triomphante parce qu’elle ne vit qu’en se remettant en jeu ». BiBi pense aussitôt à une vieille émission d’Ex-libris où notre récent Chômeur longue durée PPDA parlait d’Antonin Artaud pour en faire une divine éloge, il se remémore Sieur Villepin de Galouzeau nous bassinant avec son Amour des Rebelles dans la Poésie et la Littérature, il se souvient du sérieux de Feu Georges Pompidou et de son penchant pour l’Art poétique, de Feu-bis François Mitterrand qui aurait tout donné pour être un écrivain honoré (et surtout aimé des femmes). Tous un peu castrés mentalement, ces Hommes du Pouvoir, soupire BiBi.
Le Père Noël (Bernard) continue d’écrire : « Nous avons quitté l’infini Divin pour entrer dans l’interminable Humain. Il s’ensuivit un déchirement, un déchirement que l’art et la littérature assument depuis plus d’un siècle, mais qu’aucun pouvoir, aucune forme de pouvoir n’a jamais pris en compte, car tout pouvoir veut au fond rester absolu. Alors, comme au temps des Rois, notre Société fonctionne sur des figures, qui sont autant d’images dégradées de Dieu.
Il y a les figures de l’homme providentiel et le culte de la Personnalité, il y a les champions, les stars, les présidents, la loterie, le loto, le tapis vert. Il y a tout ce qui fabrique du vedettariat ; mais qu’est-ce qu’une vedette ? C’est un tout petit dieu qui ne peut guère vous dispenser qu’un… autographe
. »