Comme chaque début de mois, une (petite) partie de la blogosphère française est en émoi. Le Top 50 Wikio a délivré ses chiffres et son Classement. En son temps, BiBi avait donné son avis sur cette Institution du Web (voir pensezbibi.com/non-classe/que-mesure-le-classement-wikio-993).
BiBi pousse quand même un cri de victoire, une sorte de Tarzan shouting puisque la flèche Wikio qui l’accompagne est verte (progression). Sa performance tient du prodige puisque BiBi est classé en 429 ième position au Classement Divers et à la 1031 ième place au Général. Allez, chers internautes, encore 31 efforts et BiBi brillera au Top 1000.
BiBi est évidemment beaucoup plus attentif à ses statistiques Google Analytics puisque, là, il se rend compte exactement de la grandeur de son lectorat. BiBi est très heureux, quasi-abasourdi, de voir qu’entre le 4 octobre et le 3 novembre, il y a eu en moyenne 258,74 visiteurs par jour. Pour lui, c’est un petit miracle quotidien qui le remplit d’aise.
En faisant les comptes, BiBi a dépassé ce mois-ci les 8000 visites (8021 visites, soit une progression de + 1298 par rapport à août) dont 7065 visiteurs uniques. Au total des pages vues, il y en eut 13827 (soit + 1364 par rapport à août). Le temps moyen du visiteur est de une minute et 10 secondes et de deux minutes trente cinq secondes pour les 963 visiteurs directs.
Les Internautes viennent surtout via la participation de BiBi à :
BiBi a toujours ce même désir particulier : que les Esclaves acceptent un peu moins leur servitude, que les Damnés de la Terre souscrivent un peu moins à leur propre domination sociale.
Comme le chante Léo Ferré, «Les Temps sont difficiles» mais comme rajoute si bien Bob Dylan «Les Temps changent et peuvent changer».
BiBi vient d’un autre horizon que celui des brumes et des terres blogosphériques. Hormis son clavier et son logiciel Word connus de lui, il est entré dans le Net (mars 2008) avec la timidité d’un puceau et la naïveté d’un premier Communiant.
Lisant d’habitude à la lueur de la bougie, il a eu la surprise de recevoir en cadeau d’anniversaire ce blog-ci.
BiBi ne se plaint pas : nulle contrainte dans la rédaction de ses quelques 1710 billets pondus en 16 années bloggesques. Toujours ce plaisir d’être lu ou parcouru. Merci aux lecteurs et lectrices (J’ai compté jusqu’à 300 de moyenne/jour lors des belles années de naissance des blogs).
Pour avoir une vision de ce que peut être mon Blog,
Depuis de nombreuses années, BiBi suit des jeunes en difficulté sociale et familiale. Comme écrit dans un de ses premiers articles, il continuera à être du côté de ces usagers-là. Sans complaisance mais avec une Solidarité sans faille. Un billet qui tient toujours : celui sur les Mauvaises penséesd’un travailleur Social qui perdurent… Un livre à recommander : « Mi fugue mi-raison ».
Passionné de football, le jeu de son enfance aujourd’hui pillé par les Marchands du Temple, il tente avec ses moyens d’écrire autrement l’histoire de ce jeu merveilleux. Puisque la Coupe du Monde 2026 approche, il y a toujours ce bibillet sur la Coupe du Monde au Brésil. BiBi a toujours une mauvaise Pensée sur les Sports… qu’il aime.
Navigant sur les eaux calmes du Léman, BiBi tentait de regarder sur les deux rives (suisse et française). Aussi il continua de lire les journaux locaux (Le Messager, Le Dauphiné, le Faucigny). BiBi fit le fiérot : le Messager avait parlé en long et en large de son site et de ses frictions avec ce pov’ Claude Askolovitchalors aux JDD (Journal Des Délinquants).
Quand les Patrons de Presse s’allongeaient sur les plages ensoleillées, BiBi les suivait. Avec ses lunettes de soleil, il détaillait le Journal du Dimanche été comme hiver. Par sa revue de presse, il continuait d’écharper les Editocrates de tous poils, tous ces indignes carpettes du Pouvoir avec un œil particulier sur les Duhamel, les Ferrari, les Christine Kelly, les Gauthier Bret, les Bruno Jeudy et autres toutous directionnels
Des réflexions parcellaires, des fragments au plus près des déplacements de BiBi. Pour 2008 : Grèce, Estonie, Lituanie, Lettonie, Maroc, Suisse, Liechtenstein et France (Lascaux, Paris). Pour 2009 : le Grand Voyage à New-York. (Huit articles), Paris encore, Vichy. Pour 2010, ce fut la Dordogne, la Haute-Loire, le Limousin, Paris encore et la Syrie. 8 épisodes en 2011 : Chypre. Et Cuba, et Paris, toujours Paris. Avec encore en ligne, une vidéo-BiBi pas trop moche sur Dailymotion : «La Vie duraille».
(ou Chouchou & Chochotte) : Comment les oublier ? Ces deux racailles s’insinuent encore partout, sur nos écrans, nos journaux, nos blogs, dans les tribunaux, dans les bouquins-bouses. Pas une journée sans qu’il ne n’ait été question de lui, d’elle, d’eux. BiBi suivait à la trace leur «Conte de fées».
BiBi a commencé par saluer l’œuvre gigantesque de feu Georges Haldas. Il lit aussi bien de la Série Noire que Maurice Blanchot. Il a célébré ces grands poètes que sont Christophe Tarkos et Patrick Laupin. Il fait part de ses lectures d’hier et d’aujourd’hui dans ce clip « Ma BiBiothèque » (sur une musique du Velvet Underground). Aujourd’hui, il a emprunté l’écriture romanesque avec 9 romans, 1 recueil de nouvelles et une pièce de théâtre, tous publiés en maisons d’edition suisse et françaises.
BiBi épluche la presse et en tire la substantifique moelle (le JDD, le Figaro prioritaires). Avec zeste d’humour permanent si possible. Du Point ( à vomir) au Dauphiné en passant par la Tribune de Genève, Libé, Le Monde, les Inrocks, le Canard Enchaîné, Paris-Match, Politis, La Décroissance et Challenges.
Articles sur Havas-Sport, Stéphane Fouks. Haro sur les Marchands du Temple qui nous jouent trop souvent « Le Sport c’est la Santé ». Oubliant que le Sport, c’est surtout le Bizness.
Surtout France-Inter, France-Info (voir et entendre Jacques Rosselin parler de PensezBiBi sur France Info il y a bientôt quinze ans), la vilaine Première Chaîne et la défense du Service Public. BiBi cinéaste-bricoleur a sorti une petite chose : «Oedipe, Jim Morrison et Pamela Courson». A fait deux reportages historiques avec ses deux témoignages (André Loiseau, soldat de 40 et prisonnier de guerre) et celui – sur You Tube – sur un maquisard des années 42. (Hommage à François Marminat).
BiBi a la santé : il hausse les épaules devant les insultes qui ne visent que le blogueur et jamais l’argumentation de celui-ci. Il s’amuse des répliques infantiles des Grands Nigauds de Droite (et celles de ceux/celles qui se proclament de Gauche) et laisse de côté les couplets des petites Frappes du RN.
BiBi préfère la critique sans la blessure inutile et la confrontation sans complaisance et sans mièvrerie.
Il entend jouer et faire jouer la loi de la démocratie en amoureux éperdu de la Contradiction.
Juillet 2025 :
BiBi continue d’explorer la blogosphère, les réseaux sociaux (X, BlueSky, Instagram), parcourt les blogs pour les choisir en sites amis. Ceux qui se sentent quelques affinités avec BiBi peuvent lui écrire sans aucune retenue. Il répondra avec grand plaisir. Son travail de lecture de l’espace bloggesque est en cours permanent.
BiBi sautera sur tous les détails, les petits-riens qui ouvrent les grandes Portes de la Pensée.
Enfin, pour ceux et celles qui aiment les espaces de X (ex-Twitter), BiBi y a un compte et reçoit ses futurs abonné(e)s avec bienveillance. (Bientôt 9000 followers) N’hésitez pas non plus à vous rendre sur Blue Sky et sur le compte Pensez BiBi.
Pensez BiBi :Ton année (2025) a été riche puisqu’en août est paru ton dixième roman (« Une Nouvelle Solitude ») et qu’en ce mois de décembre sort en livret, chez le même éditeur (L’Harmattan. Scènes) ta première pièce de théâtre (« Les Pestiférés. Londres 1665 »). Peux-tu expliquer ton rapport au théâtre ?
Madani ALIOUA : Il date de mes 17 ans. Mon camarade Gérard Vernay (à qui est dédiée ma pièce et à qui je l’avais soumise pour la travailler) m’avait invité aux Nuits de l’Enclave à Valréas où, ébloui, j’avais pu voir de formidables pièces jouées par la Comédie de Saint-Etienne. Plus tard, sans être aficionado, j’avais vu quelques spectacles au TNP de Villeurbanne.
Cela aurait pu en rester là lorsque 30 années plus tard, dans le cadre de mon travail d’éducateur, je me suis mis à écrire deux pièces de théâtre pour la dizaine de jeunes qui voulaient s’y essayer. Ce Théâtre sur scène tout public couplé avec des castelets de marionnettes dura près de quatre années. Nous avions organisé nous-mêmes des tournées (en Haute-Savoie, en Suisse, en Ardèche, en écoles d’éducateurs, avec participation au Festival des mômes du Grand-Bornand).
Mais pour les Pestiférés, ce fut les lectures conjointe passionnantes du journal de Samuel Pepys et du livre de complément de Claire Tomalin (« Monsieur Moi-même ») qui me décida – non sans avoir hésité entre court roman et pièce de théâtre.
Pensez BiBi :Les Pestiférés. Londres 1665. Une constante chez toi, c’est la continuité entre Histoire et écriture. Après Vichy 1940-41 évoqué dans « La Guerre N’Oublie Personne », les Glières 1944-1968 dans « So Long, Marianne », après « Une Nouvelle Solitude » avec les folles de Morzine 1860, nous voilà dans le Londres 1665 de la Grande Peste.
M. A. : Je travaille toujours sur des périodes d’exacerbation, des moments de bascule et de fortes tensions historiques. Vichy 1940 : personne n’a écrit pour en parler de l’intérieur. Mon roman sur les Glières est une première fiction sur des faits d’importance. La possession collective de Morzine 1860 est historiquement importante puisque, vingt ans avant Freud et Charcot, le docteur envoyé par Napoléon III y avance le terme d’hystérie (« hystérodémonopathie »). L’épidémie de Londres me permet de montrer comment les rapports sociaux ont été bousculés. Ecrite avant la Covid, ma pièce dans une écriture que j’espère en correspondance avec l’époque, disait aussi étonnamment beaucoup de choses sur le politique d’aujourd’hui et les comportements des puissants durant la dernière épidémie contemporaine.
Pensez BiBi :Dis-nous en quelques mots la trame de ton drame en 4 actes et 8 à 9 neuf personnages.
M. A. : Nous sommes au cœur de Londres chez les Dickinson, une famille en pleine ascension sociale. Le couple Henry et Elizabeth se prépare au mariage de leur fille Isabella et de John Blake, dissident, acteur du théâtre du Cockpit financé par le Roi Charles. Début de l’été chaud de 1665, se propage une terrible peste qui va toucher cette famille, perturber les noces, entraver l’ascension d’Henry au Département de la Marine. Tout cela sur fond de guerre entre l’Angleterre et la Hollande pour la maîtrise des mers et Océans. D’où manifestations de marins impayés, dépenses royales somptueuses, une population de miséreux qui n’ont aucune protection qui fait peur à Henry.
Pensez BiBi :On rappelle que les londoniens ignorent alors comment se propage la Maladie Noire (le vaccin ne sera découvert qu’au 19ème siècle). Les bulletins de morts deviennent de plus en plus lourds. Le Roi, sa Cour fuient à Hampden Court. Les médecins, apothicaires et autres riches fonctionnaires se réfugient en banlieue où ils sont mal accueillis…
M. A. : A l’intérieur de ce Londres, la vie continue. C’est le cas surtout pour Henry, sa femme, son valet et Clemence sa dame de compagnie. Les intrigues continuent plus que jamais, les détournements de fonds aussi. Elizabeth prépare le mariage, Isabella essaye ses robes. Seul Tom le valet comprend le pouls de la ville. Mais la peste ne peut épargner les familles riches. Elle s’abat sur une partie de la famille et va modifier le comportement de ceux qui restent vivants.
Pensez BiBi :L’argent devient alors un élément important.
M. A. : Alors que la mort est omniprésente, la préoccupation d’Henry, celles de John Blake et – à un degré moindre – de l’enquêtrice (une miséreuse engagée pour repérer les maisons infectées) reste celle de l’argent. Subitement leur rapport acharné à l’argent et au capital possédé par le chef de la Maison devient l’affaire la plus importante. Chacun de croire que posséder le magot suffira à le protéger.
Pensez BiBi : C’est le cas de John Blake par exemple, une figure qui devient centrale lors des deux derniers actes.
M. A. : John Blake est un fils de famille fortunée. Il est dissident, républicain, porteur d’idées nouvelles. Isabella (la rebelle chez les Dickinson) est amoureuse de John malgré les réticences de sa mère. John Blake espère jouer du Macbeth quand la peste aura disparu. Mais deux malheurs vont le frapper : la perte de ses parents (et de leurs biens en banlieue) et celle d’Isabella, à son tour infectée. Dès lors, sa seule préoccupation sera de se protéger et il le fera avec férocité en lorgnant sur la fortune d’Henry, croyant que l’argent peut le préserver.
Pensez BiBi :L’apparition de l’enquêtrice va bousculer ceux qui sont restés valides. Son rôle va être un rôle-pivot.
M. A. : Les autorités vont prendre des mesures pour repérer et faire l’inventaire des familles infectées. Par décret, elles sont allées chercher des indigent(e)s, des miséreux venus des bas-fonds londoniens qui seront payés (misérablement mais c’est une première pour eux). Leur travail ? Entrer dans les maisons du cœur de Londres, établir l’inventaire des membres infectés et si infectés il y a, interdire à tout occupant de sortir. De plus, sur la porte est peint une croix rouge pour signaler la maison touchée. Pour l’enquêtrice, le pouvoir (et chantage) devient soudain exorbitant.
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Pensez BiBi :Ta pièce donne la chance à tous les personnages, du valet à la Dame de compagnie, des idées fixes d’Henry à celles d’Elizabeth, de Blake amoureux à Isabella rebelle devant les lectures bibliques réactionnaires du Pasteur. Tout cela malgré la Peste qui les surplombe. On pourra tout à fait faire des correspondances avec ce que nous avons connu avec la Covid. On te souhaite le meilleur, le meilleur étant de voir ta pièce être montée sur une scène et pourquoi pas voir un jour, une traduction anglaise. Avis aux troupes : le texte est disponible ici et en commande en toute librairie.
Les éditions L’Harmattan viennent de publier fin février « Mi fugue mi raison » de Madani Alioua (1).
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Pensez BiBi : C’est ta sixième fiction. Tu avais reçu le Prix du Bourbonnais 2022 pour ton livre précédent (« La Guerre N’Oublie Personne ») un roman sous forme de journal intime sur le Vichy 1940-41, une ville très rarement mise en fiction (2) alors qu‘elle a été la Capitale de l’Etat français pendant quatre ans. Cette fois-ci, tu délaisses l’Histoire.
Madani Alioua : C’est toujours à partir de chocs que je me lance dans la fiction. Chocs artistiques, sentimentaux, culturels et/ou politiques. En inventaire de mes 6 livres : mon voyage en Hongrie avant la chute du Mur, le cinéma de Jean Eustache, le musée Van Gogh d’Amsterdam, le football jeu de mon enfance, la beauté du Périgord, l’Histoire du Vichy de la Collaboration. Avec cette dernière fiction publiée en février, j’ai voulu évoquer mon présent et mon passé de travailleur social. Mes deux héros sont plongés dans une intrigue très simple : un éducateur spécialisé (le récit est à la première personne) part pour un long voyage en train afin de récupérer Marvin, un mineur en fugue.
Une grande partie de ta fiction se passe dans le train. Pourquoi ce choix-là ?
M.A : Précisons. Ce n’est pas n’importe quel train. Il s’agit de ces trains qui disparaissent peu à peu, remplacés aujourd’hui par ces machines à grande vitesse au fuselage impressionnant. L’éducateur est dans un train à compartiments avec un couloir sur le côté. Ces espaces sont certes confinés et de taille réduite mais, paradoxalement, ce sont des lieux d’ouverture. C’est là que l’éducateur entreprend la re-lecture de dossiers sur Marvin qu’il a emportés, là aussi qu’il croise la multitude de voyageurs qui vont, viennent, montent, descendent, disparaissent. Bref un espace de partage obligé, non choisi. Ce compartiment est aussi propice à ses rêveries, espace de sociabilité où se jouent des moments de vie des voyageurs. Dans ma fiction, mes voyageurs sont des mères présentes qui accompagnent réellement leurs enfants ou qui parlent d’eux en leur absence. Un des autres occupants est aussi ce Correcteur qui corrige des manuscrits.
Le train, c’est aussi la régularité du bruit. Celui des roues sur les rails, ce po-pom, po-pom qui rythme ton récit.
M.A : Ce po-pom po-pom a une grande importance. Il donne la cadence. C’est une sorte de métronome qui accompagne la rêverie de mon héros. Dans le roulis bruyant et régulier du train se réactivent des souvenirs enfouis, souvenirs d’une inquiétante étrangeté, réminiscences toutes surgies de sa propre enfance. C’est d’ailleurs une réflexion d’un enfant à sa mère sur cette régularité (« Maman, ce po-pom, po-pom c’est toujours pareil ») qui me permet justement de dire qu’au contraire, au bruit répétitif et manifeste des roues sur les rails, il y a la force du réel qui s’y oppose car rien n’est jamais pareil. Il y a le bruit mais il y a aussi ce paradoxe que tout passager est assis, immobile, figé, cloué sur sa banquette alors que le train, lui, bouge, roule, s’arrête, repart.
Restons sur le thème de l’enfance qui est un fil rouge de ta fiction.
M.A : Petit à petit, dans les cahots du train, une pensée essentielle va s’imposer dans la tête et la chair de mon héros. « Tu crois, se dit-il, que ton devoir c’est de t’occuper des enfants, mais non, c’est ton enfance qui t’occupe ». Le retour réflexif sur le travail d’accompagnement de Marvin en établissement va entraîner le travailleur social dans deux directions : l’une sur ses « erreurs » dans son accompagnement éducatif, l’autre sur l’indispensable et nécessaire support freudien qui touche au « roman familial des névrosés ».
Dans ta fiction, le mineur en fugue n’apparaît pas. Ce sont les dossiers, les rapports de comportement qui en dessinent les contours.
M.A : C’est peut-être la lecture de l’extraordinaire « En attendant Godot » de Samuel Beckett qui m’a influencé. Je me suis servi de ce silence, de cette absence pour montrer que tout enfant, tout adolescent recèle pour l’autre une part d’Inconnu, et ce quoiqu’on fasse. On parle de Marvin. Lui, ne parle pas. Ce n’est jamais ses mots à lui mais toujours des mots des autres sur lui. Le mineur est parlé plus qu’il ne parle. L’imaginaire sur l’autre peut aussi bien nous brouiller la vue que nous l’éclairer. Par cette absence dans le récit, j’espère avoir montré le poids de Marvin. Cette part inaccessible chez l’Humain doit continuer de poser question à tout travailleur social et plus généralement à tout humain dans son rapport à l’autre.
Ton éducateur écrit des fictions à ses heures perdues. Il a été publié mais ses romans ont peu rencontré de lecteurs. Du coup, il s’est lassé, il ne veut plus écrire.
M.A : Il veut se consacrer désormais uniquement et totalement à ses tâches professionnelles. Mais de la passion d’écrire, on ne s’en débarrasse pas aussi aisément. Son bon-vouloir ne suffit pas. Cette passion brûle en lui malgré son déni. Elle est là, tapie au fond de lui et peut le submerger à tout moment.
Même si les rapports de comportement sont travaillés en équipe éducative, l’écriture du professionnel flirte souvent avec l’écriture romanesque. De façon générale, l’écriture est souvent source de souffrance pour les travailleurs sociaux, non ?
M.A : Oui, ce n’est pas chose facile. Rajoute que pour les travailleurs sociaux, la chose est obligatoire : tout éducateur doit tenir informé le juge, l’administration, les parents etc. Il est donc obligé d’exposer sa vision, sa perception du mineur. Le travail de réflexion en équipe n’y change pas grand-chose.
Mais ton héros, lui, a plus de facilités dans l’écriture. Il est plus rôdé, non ?
M.A : Détrompe-toi, même plus à l’aise dans l’écriture que ses collègues, mon héros est aussi traversé par cette difficulté. C’est en fabriquant ce personnage d’éducateur-romancier que j’ai pu poser cette question: celle des similitudes et des différences entre l’écriture professionnelle et l’écriture romanesque. En relisant les dossiers sur Marvin, voilà mon héros qui se met en rogne contre l’écriture d’un collègue. Il s’apercevra plus tard que ce dossier en question, hé bien, c’est… lui qui l’avait écrit.
Ici un souvenir plus personnel : je venais d’avoir mon diplôme d’éducateur. Le lendemain, je m’étais retrouvé dans un bus rempli d’enfants criards et indisciplinés. Rien à voir avec le travail, j’étais en congés. Dans ce bus, j’étais dans l’impossibilité de quitter ma place, de descendre. Je me souviens de mon agacement, de mon exaspération devant ce chahut, moi qui avais fait vœu d’embrasser fièrement ce métier si noble ! J’ai repris à peu de choses près cet épisode dans mon livre pour montrer tous ces mouvements transférentiels positifs et négatifs (de ces derniers, les travailleurs sociaux en parlent moins) qui nous agitent tous face à un, face à des enfants.
Un mot sur ce titre de « Mi fugue mi raison »….
M.A : C’est en recherchant un titre pour un hypothétique roman que mon personnage d’éducateur-romancier a fait ce lapsus. Sans dévoiler la fin de mon roman, sa mission se révélera être un déplacement mi-figue mi-raisin mais mon héros le traduira de façon énigmatique en « Mi fugue mi raison ». Je ne sais si, avec ce titre en lapsus, mon héros se remettra à écrire des fictions après sa longue période de refus. En tous les cas, ce titre résume bien, en miroir ajusté… mon sixième roman !
Merci à toi mais je tiens à préciser que ton récit peut toucher tous les publics. Je pense à tous les citoyen(ne)s qui s’intéressent aux questions de l’enfance et de l’adolescence. Des questions qui sont portées prioritairement par tous ceux et toutes cellesqui ont choisi de travailler dans l’Aide sociale et la Protection de la Jeunesse.
(1) « Mi fugue mi raison »(Editions L’Harmattan) est le sixième roman de Madani Alioua. Au prix de 12 euros, dans toutes les librairies de France. Ici sa fiche de promotion complète sur ses six romans (avec articles de presse).
(2)Le précédent livre de Madani Alioua (« La Guerre N’Oublie Personne. Vichy 1940-41 » aux éditions L’Harmattan) a reçu le Prix du Bourbonnais 2022. Sur ce livre, voir les deux billets 1et 2 qui lui sont consacrés.
Arrêt-bibi sur le livre d’Ervé, clochard céleste qui « taquine la rue », perdu et retrouvé, retrouvé et perdu avec pour balises essentielles la tristesse, la mélancolie, la rage contenue, deux poumons, un coeur amoureux et 147 pages.
Solitude, premier constat.
Le premier constat intime d’Ervé est rude, sans fioritures et sans pitié. « Aucune odeur paternelle. Et aucun souvenir de tendresse féminine. Comment se construire donc sur le néant ? »
Cela m’a instantanément rappelé le voyage de Françoise Dolto au Brésil où elle faisait remarquer à d’autres psys que les enfants des rues de Rio, orphelins, s’en sortaient plutôt beaucoup mieux que d’autres, ayant très tôt appris à vivre sans père ni mère. Leur trajet de Vie, dès lors sans confrontations et heurts oedipiens, leur laissait cet espace à chercher ailleurs pour ne pas mourir.
C’est donc par l’Enfance, tiroir princeps de ses souvenirs, que tout commence ici. Comme dans la chanson qu’Etienne Daho chante et qu’Ervé aime bien. «Les premiers jours de ta vie».
Premières lignes : ni dissertation, ni bavardages.
Pour emprunter ses chemins de fuite et de roublardise, Ervé a trouvé les mots… les siens. D’emblée, son écriture écarte tout chichi, rompant avec toute joliesse, fuyant les angles arrondis, les arabesques et les alibis esthétiques. Juste des notations simples et précises, beaucoup plus efficaces que de «grandes pensées». Son «Je laisse les mots courir pour moi» me rappelant un éclair de l’écrivain-chroniqueur Georges Haldas : «Ce n’est pas moi qui pense. Des pensées me traversent. Dont je suis le premier surpris». Sur sa lancée, Ervé se définit comme «scribe extérieur» mais là c’est un premier petit «mensonge» car tout lecteur découvrira qu’Ervé est, au contraire, tout présent à son écriture et que jamais, dans ses pages, il ne perdra cet essentiel contact avec soi.
Premiers moments matinaux.
Un va-et-vient, une oscillation au réveil, entre deux souffrances : celles inutiles mais présentes et celles créatrices à venir (dans un livre lointain, encore inimaginable). Et pour qu’Ervé puisse dire, puisse surmonter les seules souffrances (inutiles), le voilà qui balance ses mots en jets discontinus, en raccourcis saisissants, tous bruts de décoffrage. Mais, ne pas se méprendre, le contact d’Ervé avec soi n’est jamais un repli égoïste, maniéré, tel l’egocentrisme des écrivaillons modernes qui pullulent hélas aujourd’hui.
Une fois encore, Ervé ne disserte pas, il ne bavarde pas. Il tente de traduire le texte original de son enfance perdue, sachant, au fond de lui, que sa réécriture l’occupera toujours, bien au-delà même de son livre.
Une écriture proche de la rigueur.
Une écriture à mille lieues de la rigidité. Plutôt proche de la rigueur avec cette construction par petits chapitres multipliés (une cinquantaine), aux titres à la Burroughs, avec une multiplicité d’épisodes livrés en vrac mais pas forcément dans le désordre temporel : épisodes de rencontres, d’affrontements, temps bienfaisants de solitude, d’amitiés brèves mais intenses, souvent inexorablement perdues.
Premiers refuges.
En écho-bibi, une similitude troublante (ce ne sera pas la seule) avec la destinée d’un jeune connu en Foyer d’Enfance où je travaillais. J’avais noté dans mes carnets d’éduc : «Le désespoir dans ses yeux lors de la visite de sa mère. Ne viens plus. Ne viens plus M’man, implorait Marvin. Au départ de sa mère, il saute le mur et part à nouveau en forêt. Revient une heure après, apaisé». Un Marvin, qui, lui aussi, partait à la recherche de cet «Arbre Bleu» tout réel dans l’imaginaire d’Ervé.
Premiers baisers. Premières dettes envers un éducateur et un veilleur de nuit qui le laissent écouter la radio sous l’oreiller. Premières amitiés, celles prioritaires, obligées au Foyer (Ben, Krystof, le garçon punk…)
L’Enfance comme marque.
Ni père, ni mère. Du coup, Ervé montre sa débrouillardise – mais pas celle, consolatrice et rêvée, propre aux faux rebelles petits-bourgeois. Une débrouillardise qui a affaire avec/contre ce «tatouage permanent» dont on ne se défait jamais, tatouage signalé par ces trois flèches : «Cas social tu es, cas social tu restes. Comme gravé sur le front. Ma plaie de naissance». Un clou fiché en plein cœur et en plein corps. Donc une «débrouillardise» bien éloignée d’un détachement serein. C’est qu’Ervé est ailleurs, dans ce monde réel, arpentant ses trottoirs et ses sentiers malodorants. Ervé est à plein dans la misère, cette « Madame la Misère » que chantait Léo Ferré, cette misère, ennemi indéboulonnable qui te surplombe où que tu sois («On a beau la connaître et s’y être baigné, l’odeur de la misère reste sans nom»).
Des fricheset un trio.
C’est dans ces friches que le scribe Ervé taille à la serpe. Avec ses mots comme des morsures, sous le regard canin de son Croisepattes, avec des mots qui affolent les boussoles et les compteurs. Des mots : ceux de l’Amour pour ses filles, ses deux poumons et ceux pour Claire («Je n’ai jamais su t’aimer à ta juste valeur puisque j’en suis incapable») mais (t’exagère, Ervé) c’est un Amour transfiguré, porté à incandescence, petite bougie impossible à souffler même si l’errance perdure. Non, Ervé tu n’es pas si «minable sur le sable» puisqu’elles te liront toutes trois. Trois : tes deux poumons (tes deux filles), poumons si près du cœur qu’ils (elles) sauront à te lire que, tout bringuebalant que tu es, tu tiens – malgré et envers tout – debout en paternel. Debout, bien debout et pas qu’un peu.
Et en trois, Claire autre lectrice, probablement toute aimante à ce que tu écris d’essentiel en un seul prénom, le sien. Et même plus encore, en un diminutif éclairant, incontournable pour toi : « Je t’aime Clairette… à ma façon ».
Et sache, Ervé, que tout lecteur, toute lectrice aimera assurément ton livre.
Chacun, chacune, bien entendu, à sa façon.
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ERVE. Ecritures Carnassières. Collction « A Vif ». Chez Maurice Nadeau.