Monthly Archives: juillet 2009

Thomas Bernhard, Jörg Haider et Frédéric Mitterrand.

Thomas Bernhard, Jorg Haider et Frédéric Mitterrand

Thomas Bernhard, l’écrivain autrichien, s’est toujours élevé contre cette Autriche qui refusait de voir son passé en face. Ce pays n’a accepté comme acte fondateur que ce traité de 1955 qui lui a accordé l’Indépendance, la République et la Neutralité (à bons comptes). Thomas Bernhard refusait obstinément d’agir en citoyen de cette Autriche-là. L’écrivain à la plume incomparable n’a cessé de tendre le miroir à cette Autriche dans lequel elle ne voulait pas se regarder.
L’Autriche passe pour l’un des états les plus intelligents d’Europe, disait un humoriste viennois, puisque « le Pays a réussi à faire de Beethoven un Autrichien et Adolf Hitler un natif d’Allemagne».
Aujourd’hui, le Figaro du 23 juillet rapporte que la Carinthie (province d’Autriche) va dédier un Musée à la mémoire du leader d’extrême-droite, Jorg Haider, un an après sa mort. Dans l’Europe de Barroso, Sarko, Merkel, on parle volontiers de l’Iran mais nulle protestation d’aucune sorte vient dire un désaccord sur cette ouverture.
C’est donc à Klagenfurt le 11 octobre prochain que Jörg Haider, Gouverneur de la Carinthie dès 1989, sera magnifié.
BiBi n’oublie pas que, déjà, la télévision autrichienne publique avait retransmis en direct son enterrement.
Sachez, chers amis de BiBi, que les nostalgiques des Chemises Brunes pourront se délecter devant le bolide accidenté de Jorg Haider. Sa tendre femme veut toiletter ce décès en accident du hasard (son Homme, très sobre selon ses dires, avait bu pourtant quatre fois plus que de coutume). L’entrée en coûtera 5 euros à chaque visiteur et ces deniers iront probablement alimenter les Caisses de l’Internationale Brune.
Enfin, signalons aux futurs visiteurs que cet espace servit d’abri aux unités SS déterminées à défendre la Carinthie aux derniers jours de la Seconde Guerre Mondiale.
BiBi se demande si – au nom de la Défense de la Culture Européenne – Chouchou et son nouveau protégé, Frédéric Mitterrand, fin lettré dont l’Oncle a soigneusement maquillé ses états de Service au début de cette même seconde guerre, se fendront d’une vigoureuse protestation.

BiBi a bien peur qu’encore une fois devant cette Autriche, on ne fasse.. l’autruche.

Lisieux : un silence religieux (3).

Therese de Lisieux (2 foi)

Monsieur Bernard Aubril, premier magistrat de Lisieux, a oublié que c’est une mineure de moins de 13 ans rôdant autour de l’église, aux environs de minuit qui fit la renommée de sa ville. C’est en effet à la Messe de minuit de Noël 1885 que la célèbre Sainte Thérèse de Lisieux eut la révélation mystique de sa mission de conversion des pécheurs. Elle s’y était rendue, non accompagnée, quelques jours avant son… treizième anniversaire.
Aujourd’hui, cette Thérèse des banlieues aurait été appréhendée, menottée et consignée d’office (religieux) dans sa chambre. Probablement que notre Thérèse aurait poussé son grand cri mystique à son arrestation : «Ô Nicolas, Ô Nicolas, je te vois !». Prière… de vous en souvenir, Monsieur Aubril.
BiBi, lui, attend toujours l’avis de Monsieur le Curé du Diocèse, bien muet sur cette interdiction de circuler. Il aimerait bien entendre des… voix de ce côté-ci.

Amen.

Lisieux ou la Haine de l’enfant (2).

 

Un enfant de Lisieux ?

Dans cette même station de métro, BiBi se saisit machinalement du journal gratuit 20 Minutes (numéro du 17 au 23 juillet). Il tomba sur les premières lignes d’un article d’Anne Kerloc’h et de Benjamin Chapon où il était question du maire UMP de Lisieux, Bernard Aubril. Pour faire face à (dixit le premier magistrat) «une augmentation galopante de la délinquance des mineurs», celui-ci a été «obligé» de pondre un arrêté municipal qui interdit aux moins de 13 ans de circuler sans l’un de ses parents entre 23h et 6h du matin.
Enfant-Roi de Pierre&Vacances d’un côté, Mineur à enfermer de l’autre : une contradiction ? Sûrement pas. Se souvenant des enseignements de Freud et de l’aphorisme d’Elias Canetti («Quand on veut se débarrasser de quelqu’un, on le couvre d’honneurs»), BiBi voit devant cette double position l’éternelle haine de l’Enfant, un enfant jamais présenté comme un humain à éduquer mais comme un (fantasme de) petit monstre ou (d)’épouvantail. C’est que la présence de l’enfant rappelle de façon insupportable les failles et les faiblesses de l’adulte, il rappelle la Jeunesse perdue de ce même adulte et ses devoirs de transmission non remplis. Pour éviter tout ça, l’adulte prend la tangente en portant aux nues Sa Majesté the Baby mais ce dernier est rétif à occuper en permanence cette place éprouvante et fatigante. L’enfant finit inexorablement par se cabrer, par se braquer, par faire en nombre des caprices, les répétant jusqu’à l’overdose.
Devant ce petit agité, notre Père fouettard prend peur et en appelle au Policier, au Soldat, au Juge…et au Maire.
Fin de l’Acte 2.

(Suite : Lisieux : Que fait le diocèse ?)

L’Enfant-Roi de Pierre & Vacances (1).

 

Pierre&Vacances

 

Quand BiBi est descendu à la station Mairie de Clichy, il n’a pas manqué de remarquer le premier et imposant placard publicitaire qui lui faisait face. Non que la pub de l’organisme de voyages Pierre&Vacances fût d’une grande originalité. Non. On y voyait une jolie frimousse d’une enfant de dix ans, blonde, souriante, allongée sur une plage et photographiée en gros plan. Au-dessus d’elle, il y avait ce slogan, probable apostrophe d’une de ses copines : « Tu les emmènes où tes parents, cet été ? »
Renversement devenu hélas banal : dans ce Monde à l’envers, les enfants décident donc de l’endroit où ils emmènent leurs parents.
Fin de l’Acte 1. (suite : Lisieux ou la Haine de l’Enfant)

Retours d’enfance.

logo-gogo.jpg

BiBi pense à son enfance sportive. Il court sur les pages électroniques, en gymnaste, en plongeur, en footballeur, en coureur (cycliste) et en randonneur.

GYMNASTIQUE :
« Il me manque toujours quelques centimètres pour atteindre les sommets. Je me hisse sur la pointe des pieds, peine perdue. Je m’étire de long en large, rien n’y fait. Je mets un livre sur la chaise et la chaise sur la table, je grimpe sur cet échafaudage improvisé, je tends  mon cou, je lève le bras aussi haut que je peux, pas moyen, pas moyen. Jamais – et l’homme est ainsi fait qu’il ne saura ce qui, là-haut, tout là-haut l’attend».

NATATION :
« Je me suis jeté à l’eau, j’ai nagé à-la-vas-y-comme-je-te-pousse, j’ai gagné d’autres rivages en navigant à l’estime, j’ai ressorti la tête hors du courant, j’ai regagné la berge, puis, comme un chien chassant ses puces au sortir de l’eau, j’ai senti la Vie en dedans comme en dehors de moi s’ébrouer».

JEUX DE BALLON :
«Toujours fut important non le ballon mais le dispositif autour, quadrillage changeant, pensées en actes, en surprises et en trouvailles. Ceux qui, gros bêtas, suivent exclusivement la balle ronde n’y voient que du feu. Les autres, qui n’ont d’yeux que pour les gestes retrouvés de l’Enfance, trouveront dans ce périmètre de verdure, dans ce chaudron, dans le cratère d’un Stade, une vie qui n’est pas prête de s’éteindre, des joueurs tout feu tout flamme, des passages de haute tenue et de haute volée, des passes incandescentes et des lecteurs du jeu à hauteur».

PROMENADES EN CYCLE :
« Ce furent de grandes randonnées. D’un coup de pédale, on escaladait des monts, on s’en faisait des montagnes et des montagnes, on se hissait jusqu’au sommet mais plus dures furent les chutes, les fins de chapitre sur crevaison, les abandons sur toute la ligne, on finissait nos courses exténués, maudissant la machine, pleurant, la tête dans le guidon, on avait la gorge sèche, on traversait des déserts. A l’approche de l’Arrivée, on faisait lever toute une foule d’interrogations. Qui était ce coureur ? Quelle était la question ? D’où sort-il ? D’où sort-elle ? On commençait la course en père peinard mais on avait peur sur le final, surtout dans les dix derniers kilomètres, les cinq dernières minutes, les trois cents derniers mètres. On a toujours peur pour le sprint, on vous envoie dans les balustrades, sauve qui peut, c’est la foire d’empoigne mais c’est ça le Cycle, la grande boucle, la spirale de l’enfer. Et toujours ces quelques centimètres qui vous condamnent au second rang, aux places d’honneur, aux rangs d’honneur des randonneurs, au dernier accessit. Oui et il y aurait beaucoup encore à écrire sur ceux qui terminent derrière».

COURSE A PIED :
« Je me suis enfoncé loin dans les chemins, je n’ai cessé d’emprunter les routes goudronnées, les pistes aménagées, les avenues, la plupart des passages réservés, j’ai longé les rangées d’arbres jusqu’aux fonds des bois, j’ai écumé des sentiers privés, chemins vicinaux, routes départementales, j’ai sauté par-dessus les haies vives, je passais les gués, j’accélérais à travers champs,  je sillonnais toute la région; je ne compte plus les courses à perdre haleine, toujours à lorgner le chemin d’après, courir, courir, toujours courir, de la maternité au cimetière. Je dépassais les marcheurs et tous ceux qui philosophaient en route ; sur un démarrage, je pouvais planter les commentateurs qui allaient bon train et avaient fière allure. Je n’ai jamais vu la fameuse banderole d’arrivée, beaucoup m’ont doublé, certains m’en ont parlé en chemin, mais ils n’avaient rien vu eux aussi. Je n’ai pas compté les kilomètres mais certains de mes écrits venaient parfois emballer le sprint, celui de la vraie Vie».